Depuis 2025, le marché des composants informatiques vit une période de turbulence sans précédent. Après les fortes hausses observées sur les cartes graphiques, ce sont désormais les barrettes de mémoire vive (RAM) qui connaissent une augmentation spectaculaire, avec des répercussions sur l’ensemble de la chaîne IT. Cette crise est loin d’être anecdotique : elle redéfinit les stratégies d’achat pour les entreprises, les intégrateurs et les utilisateurs professionnels.
Des hausses historiques liées à la demande IA et aux stratégies des fabricants
La mémoire RAM, autrefois un composant relativement stable et abordable, est désormais au cœur d’une crise structurelle. Les modules DDR5 et même DDR4 ont vu leurs prix bondir de plus de 80 % à 170 % en 2025 selon plusieurs observateurs du secteur. Un kit de 32 Go qui valait environ 100 € il y a un an peut aujourd’hui dépasser 300 € dans certains cas.
Cette explosion des coûts s’explique par un déséquilibre croissant entre offre et demande :
les centres de données spécialisés dans l’intelligence artificielle consomment des volumes massifs de mémoire,
les fabricants historiques (Samsung, SK Hynix et Micron) détiennent plus de 70 % du marché mondial de la DRAM et réorientent leurs lignes de production vers les puces hautes performances pour les serveurs et l’IA plutôt que vers la mémoire grand public.
Certains acteurs, comme Micron, ont même décidé de cesser la vente de RAM et SSD grand public sous la marque Crucial d’ici 2026, afin de concentrer leurs capacités sur des segments plus rentables et prioriser les besoins des infrastructures d’IA.
Ce qui provoque la flambée des prix de la RAM
- Demande record en mémoire provoquée par les projets d’IA et les data centers
Capacités de production limitées des principaux fournisseurs (Samsung, SK Hynix, Micron)
Priorisation des produits haut de gamme (HBM, serveurs) au détriment de la mémoire grand public
Stocks restreints et délais d’approvisionnement allongés
Comme pour les cartes graphiques, la rareté de la RAM s’inscrit dans une tendance plus large de réallocation de la production vers des segments à forte valeur ajoutée. Dans le cas des GPU, les modèles haut de gamme dédiés à l’IA ont vu leurs prix atteindre plusieurs milliers de dollars, tandis que les versions grand public restent difficiles à obtenir à prix raisonnable.
Cette mutation du marché signifie que des composants autrefois classiques dans les PC de bureau ou les postes de travail sont désormais impactés par des dynamiques globales bien plus complexes, dominées par les besoins d’infrastructures de calcul intensif.
Conséquences à venir pour les entreprises
Pour les entreprises qui achètent ou renouvellent leurs équipements, l’impact est immédiat : le coût global d’un PC ou d’une station de travail augmente, non seulement à cause des GPU, mais aussi des barrettes de RAM onéreuses. Une augmentation sur ces deux composants essentiels se traduit par des budgets plus élevés et des arbitrages difficiles, surtout pour les TPE/PME où les contraintes financières sont plus marquées.
De nombreuses organisations pourraient :
repousser les projets de mise à niveau matérielle,
privilégier la virtualisation ou le cloud computing pour éviter des dépenses d’équipement direct,
ou encore négocier des contrats de fourniture à long terme pour sécuriser des prix plus stables.
Selon plusieurs analystes, la pénurie de mémoire et l’augmentation des prix pourraient entraîner une baisse de la demande globale de PC de près de 9 % en 2026, car les coûts de fabrication des machines deviennent moins attractifs.
Ce que cela signifie pour les entreprises
Budget IT sous pression : hausse des coûts d’équipement matériel
Stratégies alternatives : cloud, virtualisation, parc informatique optimisé
Nécessité d’anticipation : planification budgétaire et approvisionnement en avance
Impact sur services intégrés : prestations de configuration ou de maintenance peuvent évoluer en fonction des matériaux disponibles
Perspectives et recommandations
La flambée des prix de la RAM et des cartes graphiques n’est pas un phénomène transitoire. Avec des contraintes d’approvisionnement qui pourraient s’étendre jusqu’en 2028, il devient essentiel pour les entreprises de repenser leurs stratégies d’achat, d’anticiper leurs besoins, et d’examiner des solutions alternatives (cloud, serveurs virtualisés, leasing matériel).
Pour les décideurs IT, cette période impose une réflexion stratégique sur l’optimisation du parc informatique : prioriser les usages essentiels, intégrer des services managés pour réduire les coûts d’exploitation, et envisager des contrats cadres pour stabiliser les dépenses face à une inflation structurelle des composants.
